
Romano Guardini : aperçu de la pensée de ce « Père de l’Église du 20ème siècle »
Traducteur en français de plusieurs livres du grand théologien, le père Vincent Billot lui a consacré une thèse.
« Ses hésitations universitaires ont de quoi rassurer bien des parents inquiets de l’avenir de leurs enfants ! » plaisante le père Vincent Billot[1], chargé de présenter Romano Guardini lors d’une matinée pastorale organisée par le Centre de formation diocésain Jean XXIII. Né en Italie en 1885, le futur théologien a été élevé en Allemagne. Après son Abitur, il ne sait vers quelle direction orienter ses études. Un semestre de chimie, un semestre de droit, un peu d’économie, de la politique… Mais il est finalement rattrapé par une phrase du Christ : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mat. 10-39). C’est donc vers le séminaire que le jeune homme se dirige, menant des études de théologie à Tübingen et Fribourg-en-Brisgau. Il est ordonné prêtre à Mayence en 1908.
Après plusieurs années à Heppenheim, à Darmstadt, à Worms et à Mayence, Romano Guardini défend sa thèse de doctorat sur saint Bonaventure, qui restera intimement lié à sa pensée. Il commence alors une carrière universitaire remarquable, tout en étant très engagé auprès de la jeunesse, notamment à partir des années vingt comme aumônier du mouvement des Quickborn, dont le centre se situe au château de Rothenfels. En 1932, il a 47 ans, le mouvement est interdit par le régime nazi et sa chaire de philosophie de la religion, à Berlin, qu’il occupait depuis 1923, est supprimée. Après la guerre, en 1945, la faculté de philosophie de Tübingen crée une chaire pour lui, qu’il occupera jusqu’en 1962. En 1965, le pape Paul VI veut le créer cardinal, mais il refuse. Il s’éteint le 1er octobre 1968. Son procès en béatification a été ouvert en décembre 2017 par le diocèse allemand de Munich.
L’héritage de Romano Guardini est d'une telle importance qu’il est défini par certains comme un « Père de l’Église du XXème siècle ». Il a eu Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, pour élève, et l’a marqué durablement. Le pape François le cite fréquemment et encore tout récemment lors de sa visite à Louvain-la-Neuve[2]. Le père Vincent Billot a le mérite de rendre la pensée du théologien accessible. Il explique qu’elle s’articule autour de trois éléments : la notion de polarité, la liturgie dans son sens cosmique, l’influence de saint Bonaventure. Pour Romano Guardini, la connaissance n’est pas seulement le fruit d’un raisonnement intellectuel mais toujours d’une rencontre. Individu et communauté, mouvement et stabilité, les polarités sont au cœur de sa vision du monde. Un individu est riche de plusieurs dimensions. Le père Guardini se passionne pour la vie dans toutes ses expressions. « Toutes ces dimensions forment une sorte de liturgie cosmique, explique le père Vincent. Toute la création est envisagée comme un mouvement qui vient de Dieu et y retourne. Notre réponse est appelée à être une louange à la gloire de Dieu. »
Et pourtant, notre époque manque cruellement d’élan. « Romano Guardini est parvenu à s’enthousiasmer, remarque Vincent Billot. Cent ans après, il n’y a plus d’enthousiasme, ni dans l’Église, ni dans le monde. Il y a un grand besoin de s’enflammer et de réussir à enflammer. Il faut retrouver le goût de la Vérité. Lorsque quelqu’un cherche vraiment la Vérité, il crée des émulations. Romano Guardini est un prêtre, un théologien, un professeur, un père spirituel, un philosophe… On voit le génie qu’il y a à avancer de cette manière transdisciplinaire. » Et de terminer son intervention sur une magnifique citation du penseur : « La vision catholique du monde est le regard que le Christ porte sur le monde et dont il confie à l’Église la mission de transmettre. Le Christ, c’est Dieu qui a vu le monde de l’intérieur. Dieu regarde le monde de l’extérieur et de l’intérieur. »
Ascension du Seigneur, 9 mai 2024, extrait de l’homélie du pape François
Chacun de nous a besoin d’espérance : nos vies parfois fatiguées et blessées, nos cœurs assoiffés de vérité, de bonté et de beauté, nos rêves qu’aucune obscurité ne peut éteindre. Tout, à l’intérieur et à l’extérieur de nous, implore l’espérance et cherche, même sans le savoir, la proximité de Dieu. Il nous semble, disait Romano Guardini, que notre époque soit celle de l’éloignement de Dieu, où le monde se remplit de choses et où la Parole du Seigneur décline. Mais il ajoute : « Le temps viendra, une fois les ténèbres vaincues - où l’homme demandera à Dieu : “Seigneur, où étais-tu donc ?”, alors il entendra à nouveau la réponse : “Plus près de toi que jamais !” Peut-être Dieu est-il plus proche de notre époque glaciaire que du baroque avec le faste de ses églises, du Moyen Âge avec l’abondance de ses symboles, du christianisme des premiers temps avec son courage juvénile face à la mort. [...] Mais il attend [...] que nous lui restions fidèles. De là pourrait naître une foi non moins valable, peut-être même plus pure, en tout cas plus intense qu’elle ne l’a jamais été à l’époque de la richesse intérieure » (R. Guardini, Accettare se stessi, Brescia 1992, 72).
Frères et sœurs, que le Seigneur ressuscité et monté au ciel nous donne la grâce de redécouvrir l’espérance - redécouvrir l’espérance -, d’annoncer l’espérance, de construire l’espérance.
[1] Né en 1974, Vincent Billot est prêtre depuis quinze ans et exerce son ministère dans la paroisse Atertdall-Sainte-Claire. Il est docteur en théologie et responsable de la formation canonique au Centre Jean XXIII-Séminaire du Luxembourg. Il a traduit et publié en français plusieurs ouvrages de Romano Guardini.
[2] « Romano Guardini se demandait : Pourquoi l’homme, malgré tout le progrès, est-il si inconnu à lui-même et le devient-il de plus en plus ? Parce qu’il a perdu la clé pour comprendre l’essence de l’homme. La loi de notre vérité dit que l’homme ne peut être reconnu qu’à partir d’en haut, au-dessus de lui, de Dieu, parce qu’il ne tire son existence que de Lui (Prière et vérité, Brescia 1973, p. 56). » Voyage apostolique du pape François au Luxembourg et en Belgique, Rencontre avec les professeurs universitaires, Discours du Saint-Père, Université catholique de Louvain, vendredi 27 septembre 2024.
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